Jeudi
On découvre notre chauffeur pour les prochains jours, Yahia (fils de Zaccarie, ça veut dire Jean-Baptiste).
Il est trop chouette. Il baragouine qq mots de français et d’anglais mais je croyais au départ que c’était de l’arabe, je comprenais
pas « dalo » et « darmi » « moujer », ben oui l’eau, le repas et le sommeil c’est quand même essentiel. Le reste c’est « made in taiwan » quand c’est nul,
cheap, pas terrible, pas fort, que de la gueule, et « number one » ou « manifik » quand c’est bien, Avec ça on se comprend pour l’essentiel. Son arabe est super super dur à
comprendre, le matin en faisant des efforts de devinettes j’arrive parfois mais l’après midi, il a la bouche plein de qat, avec la musique dans la voiture qu’il a quand même la délicatesse de
baisser pour les conversations, mais ça n’aide pas : incompréhensible. Ce qui nous a rassurés c’est que d’autres arabes, palestiniens et même yéménites nous ont dit qu’ils ne comprenaient
rien à ce dialecte de Sana’a. bon donc on a eu des bons fous rires, il est vraiment vraiment adorable, on avait une totale confiance et on a eu raison.
Tout semblait couler tout seul, être simple et facile mais n’empêche que dans toutes les villes ou villages où on arrivait, quelqu’un était là pour nous emmener faire un tour, une randonnée, nous
expliquer l’histoire de la mosquée… et à chaque fois des gens chouettes. Et chose non négligeable, il connaît tous les meilleurs restaus de toutes les villes. De bonnes cantines, l’endroit du
marché où ils vendent la meilleure viande pour l’amener à l’endroit où ils la cuisineront au mieux…, à quelle heure faut arriver pour avoir le meilleur poisson, où il faut aller pour le faire
cuire, bref…
Yahia au souk
Il a fait aussi 25 ans d’armée, ne sort que rarement sans son pistolet, bon Stephan a finalement visiblement fait avec. Il connaît
tout le monde et on a pu aller dans des zones militaires où normalement il est très difficile d’entrer. Il a quelques rituels dans la journée, d’abord il doit prier, dès qu’il y a une mosquée et
un moment de libre c’est bon. Il lit le Coran un peu tous les soirs et le recommence quand c’est fini. Et puis surtout il faut acheter du qat. Il y en a du made in taiwan, et du number one, et
les prix varient en fonction. Celui des environs de San’a est apparemment le plus réputé. Il lave le qat soigneusement, le met dans un tissu spécial, l’idée est que les petites feuilles qui sont
les meilleures se conservent au mieux. Et c’est parti pour toute l’après midi. On a quatté un peu avec lui, les premières fois on n’avait pas assez de feuilles pour faire une boule dans la bouche
donc on a fini par tout avaler, la deuxième fois je me suis faite féliciter par l’armée au checkpoint quand ils ont vu la légère déformation de ma joue. Bon ça m’a en tous cas pas empêché de
dormir.
Yahia a neuf enfants et une femme, il travaille comme chauffeur, en plus de son boulot de logisticien dans l’armée, depuis huit ans et je dois dire que je n’ai jamais eu peur dans la voiture, ce
qui compte !
C’était une super super belle rencontre (merci Liliane !).
L'avant dernière de Yahia